J’ai été nommé secrétaire de la commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques du numérique.

La France fait aujourd’hui face à un paradoxe : jamais le numérique n’a été aussi indispensable à notre souveraineté, et pourtant jamais nos dépendances n’ont été aussi fortes. Cette commission d’enquête à pour but de dire clairement jusqu’où va notre dépendance numérique, en quoi elle menace notre souveraineté, et quelles décisions immédiates prendre pour la réduire.

Une économie de la donnée devenue un risque stratégique

L’affaire révélée par plusieurs médias, dont Le Monde, autour de la société Datastream Group, illustre la réalité d’une industrie de la donnée capable de reconstituer les déplacements de millions de personnes.
Au-delà de l’atteinte à la vie privée, ces pratiques posent un enjeu de sécurité nationale : des données personnelles peuvent être exposés, comme celles des personnels d’institutions ou d’entreprises sensibles ou stratégiques.

Cette réalité impose de repenser notre approche de la protection des données.

Des dépendances technologiques qui interrogent notre autonomie

Aujourd’hui, une part majoritaire des services cloud et logiciels publics repose sur des fournisseurs extra-européens tels que Microsoft ou Amazon Web Services. La Cour des comptes a souligné que cette situation expose des données sensibles à des législations étrangères et à des risques d’interruption de service.

Les tensions internationales récentes ont montré que l’accès à certains outils numériques pouvait être restreint, y compris pour des institutions comme la Cour pénale internationale.

Pressions géopolitiques et bataille réglementaire

Le numérique est désormais un terrain de rivalité entre puissances. Les orientations de l’administration de Donald Trump et les pressions exercées sur la Commission européenne montrent combien la régulation peut devenir un levier stratégique.

Dans le même temps, des plateformes internationales comme TikTok sont vues comme des outils possibles d’influence, ce qui devient un enjeu important à l’approche des élections.

L’objectif de la commission : un diagnostic lucide et des solutions

La commission d’enquête a pour mission d’évaluer :

  • la capacité réelle de l’État à décider et agir de manière autonome dans le numérique ;

  • la dépendance de nos administrations et services publics à des acteurs étrangers ;

  • la résilience de notre pays face aux ingérences et manipulations ;

  • les moyens juridiques et industriels permettant de protéger durablement les données des citoyens.

Notre travail s’inscrit dans une ambition simple : permettre à la France de conserver sa liberté de décision dans le cyberespace, condition essentielle de toute souveraineté politique.

Une question démocratique avant tout

La souveraineté numérique c’est la capacité, pour notre démocratie, de garantir que les choix collectifs ne soient ni dictés par des intérêts privés internationaux, ni fragilisés par des puissances étrangères.

À l’approche des prochaines échéances politiques, et alors que le Président Emmanuel Macron a lui-même rappelé l’importance d’une autonomie stratégique européenne, il nous appartient de dresser un état des lieux et de proposer des solutions concrètes.

Comprendre nos vulnérabilités, c’est déjà commencer à les réduire. C’est tout le sens de cette commission : éclairer le débat public pour que la souveraineté numérique devienne une réalité politique, économique et démocratique.