Le 15 janvier dernier, j’ai participé à l’Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin. Cette rencontre a été marquée par des échanges francs et constructifs. Elle a surtout mis en lumière une réalité préoccupante : la crise profonde que traverse aujourd’hui le monde agricole.
Une inquiétude profonde et partagée
Les agriculteurs ont exprimé une fatigue morale et économique grandissante. Beaucoup ont le sentiment de ne plus être entendus, ni compris, face à l’accumulation de normes, de contraintes administratives et de décisions jugées éloignées des réalités du terrain.
Un message fort est ressorti : la “ferme France” recule. La perte de compétitivité fragilise nos exploitations et pose une question essentielle : celle de notre souveraineté alimentaire.
Des difficultés concrètes au quotidien
Parmi les principales préoccupations exprimées :
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Des charges trop élevées : coût du travail, impôts, taxes et normes plus strictes qu’ailleurs en Europe.
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Une réglementation excessive, souvent issue d’une surtransposition et d’une accumulation d’interdictions.
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Des filières en grande difficulté, notamment la viticulture.
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Des inquiétudes sanitaires, avec les récentes épidémies bovines.
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Une opposition nette à l’accord MERCOSUR, perçu comme une menace de concurrence déloyale.
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Des craintes liées aux taxes sur les engrais et les énergies importées, qui pénalisent les producteurs français.
Sur les retraites agricoles, si des avancées ont été saluées, elles restent jugées insuffisantes.
Environnement : trouver le bon équilibre
Les agriculteurs ne contestent pas les enjeux environnementaux. En revanche, ils appellent à plus de bon sens dans leur application. Certains choix réglementaires sont vécus comme déconnectés des priorités réelles.
Un enjeu fait consensus : la gestion de l’eau, considérée comme le défi central pour adapter l’agriculture au changement climatique et sécuriser l’avenir des exploitations.
Responsabilité politique et décisions courageuses
Les responsables agricoles ont clairement interpellé les élus et les services de l’État. Ils attendent des décisions plus protectrices pour l’agriculture française, et surtout le courage politique de les assumer.
Un point positif a néanmoins été souligné : la signature ministérielle concernant le remembrement, une avancée importante, même si sa mise en œuvre prendra du temps.
Malgré un contexte difficile, des dynamiques encourageantes existent :
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Le développement de la solidarité agricole, notamment avec le dispositif SOLAL.
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La féminisation progressive des instances agricoles.
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Le travail commun entre les FDSEA du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, qui a permis d’obtenir des avancées concrètes.
Le débat parlementaire au cœur des solutions
Lors de cette assemblée, le sénateur Laurent Duplomb a rappelé avec force l’importance stratégique de l’agriculture. Il a souligné que le manque de compétitivité est aujourd’hui l’une des principales causes de la disparition des fermes, et que le coût des normes représente un poids considérable pour notre économie.
Le débat parlementaire est indispensable pour faire évoluer notre modèle et redonner des perspectives aux agriculteurs.
Le gouvernement a annoncé la présentation d’une loi d’urgence agricole au mois de mars. Elle est très attendue par les professionnels, dans un contexte de forte tension économique et morale.
Plus que jamais, il est de notre responsabilité collective de redonner de la visibilité, de la confiance et des perspectives à celles et ceux qui nous nourrissent.

