Dans le cadre de la semaine de contrôle de l’Assemblée nationale, nous avons assisté à un débat consacré à l’avenir des missions locales. Cette séance thématique. Il intervient à un moment charnière pour les politiques publiques d’insertion sociale et professionnelle des jeunes.

Créées au début des années 1980 dans le prolongement du rapport Schwartz, les missions locales constituent aujourd’hui l’un des piliers historiques de l’accompagnement des jeunes en difficulté. Elles occupent une place singulière dans l’architecture française de l’emploi et des politiques de jeunesse, en combinant un accompagnement global, une forte territorialisation et une gouvernance associant étroitement les élus locaux.

Des acteurs historiques face à des transformations profondes

Les politiques de l’emploi connaissent actuellement de profondes mutations : mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, structuration du Réseau pour l’emploi autour de France Travail, évolution du RSA, montée en puissance du Contrat d’engagement jeune (CEJ), mais aussi contraintes budgétaires accrues. Dans ce contexte, l’avenir des missions locales fait l’objet de questionnements récurrents.

Ces interrogations portent à la fois sur leur positionnement institutionnel, leur modèle économique, leur articulation avec les autres acteurs de l’emploi et de l’insertion, ainsi que sur leur capacité à répondre aux nouveaux enjeux auxquels fait face la jeunesse.

Une mission claire : l’accompagnement global des jeunes

Les missions locales ont pour mission principale l’accueil, l’information, l’orientation et l’accompagnement global des jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire, avec des extensions possibles jusqu’à 29 ans pour certains dispositifs. Elles s’adressent prioritairement à des jeunes confrontés à des difficultés multiples : absence ou faiblesse de qualification, précarité sociale, problèmes de logement ou de mobilité, difficultés de santé, ruptures familiales, situations judiciaires ou encore décrochage scolaire.

L’accompagnement proposé repose sur une approche globale et individualisée. Il se traduit par des entretiens réguliers, des ateliers collectifs, des immersions en entreprise, des actions de remobilisation et la mobilisation de nombreux dispositifs nationaux ou territoriaux, tels que le Contrat d’engagement jeune (CEJ), le parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PACEA) ou le service civique.

Les données récentes confirment l’utilité de cette offre de service : plus de 90 % des jeunes accompagnés se déclarent satisfaits de leur mission locale, soulignant notamment la qualité de la relation de confiance avec leur conseiller et la prise en compte de leur situation dans sa globalité.

Un maillage territorial et une gouvernance spécifiques

Le réseau des missions locales repose sur un maillage territorial fin, avec plus de 400 structures et plusieurs milliers de lieux d’accueil répartis sur l’ensemble du territoire, en métropole comme en outre-mer. Cette présence de proximité permet une adaptation aux réalités locales, qu’il s’agisse de territoires urbains denses ou de vastes zones rurales.

La gouvernance constitue l’une des spécificités structurantes des missions locales. Majoritairement organisées sous forme associative, elles sont présidées par des élus locaux (maires, présidents d’intercommunalité, élus départementaux ou régionaux). L’État demeure un partenaire central, aux côtés des Régions, des Départements et désormais de France Travail dans le cadre du Réseau pour l’emploi.

Cette gouvernance partenariale est une richesse, mais elle génère également des enjeux de coordination avec les autres acteurs de l’insertion et de l’emploi, notamment les Plans locaux pluriannuels pour l’insertion et l’emploi (PLIE) et les services départementaux.

Un modèle économique fragilisé

Le fonctionnement des missions locales repose sur plusieurs sources de financement : l’État, les collectivités territoriales, les fonds européens, mais aussi des conventions spécifiques et des appels à projets. Cette diversité permet une certaine souplesse, mais elle rend aussi les structures plus vulnérables sur le plan financier.

De plus en plus, les financements sont liés à des dispositifs précis et accordés pour des périodes courtes, souvent d’un an. Cette situation rend difficile toute vision à moyen terme. Plusieurs acteurs s’inquiètent d’un risque réel : voir les missions locales passer progressivement d’un service public de proximité à un rôle de simple prestataire, soumis à des objectifs de court terme.

Des défis majeurs à relever

Les missions locales doivent faire face à des évolutions rapides du monde du travail : transitions numérique et écologique, difficultés de recrutement dans certains secteurs, développement de formes d’emploi moins stables, tout en accompagnant une jeunesse dont une partie reste en situation de précarité.

Les jeunes accueillis ont des profils de plus en plus variés et rencontrent souvent des difficultés importantes, notamment en matière de santé mentale et de pauvreté.

Enfin, la création du Réseau pour l’emploi et la transformation de Pôle emploi en France Travail posent la question de la place des missions locales dans ce nouvel ensemble. Si la complémentarité entre les acteurs est régulièrement mise en avant, des recouvrements existent encore, en particulier pour l’accompagnement renforcé des jeunes les plus éloignés de l’emploi.

L’enjeu est donc clair : mieux définir les rôles de chacun, rendre le service public plus lisible pour les jeunes et garantir des parcours sans rupture, afin d’éviter les doublons et les pertes de suivi.

Un débat nécessaire pour l’avenir

Le débat du 7 janvier a permettre d’ouvrir une réflexion collective sur l’avenir des missions locales. Il s’agit de conforter leur rôle, de sécuriser leur financement et de reconnaître pleinement leur expertise au service de la jeunesse. À l’heure où l’insertion des jeunes demeure un enjeu majeur de cohésion sociale, les missions locales restent plus que jamais un acteur indispensable des politiques publiques.