Dans le cadre de la semaine de contrôle du 5 janvier dernier, l’Assemblée nationale a inscrit à son ordre du jour un débat consacré à la défense de la filière automobile française. Il s’agit d’un moment essentiel pour alerter, proposer et agir face aux difficultés profondes que traverse l’un des piliers historiques de notre industrie.
Une filière clé pour l’économie et l’innovation françaises
La filière automobile française occupe une place centrale dans notre paysage industriel. Elle regroupe près de 4 000 entreprises, emploie 329 000 salariés directs et génère 31,2 milliards d’euros de valeur ajoutée, soit 1,1 % du PIB national.
Au-delà de l’emploi, l’automobile est un moteur de recherche et développement important : plus de la moitié des brevets déposés en France proviennent de ce secteur, dont les innovations irriguent l’ensemble de l’industrie (énergie, ferroviaire, aéronautique).
Cette filière repose sur un écosystème dense et complémentaire : grands constructeurs, équipementiers, fabricants de biens intermédiaires et activités tertiaires (ingénierie, R&D, services). Elle structure fortement les territoires, en particulier dans les Hauts-de-France, l’Île-de-France, le Grand Est et l’Auvergne-Rhône-Alpes, où se concentrent 60 % des emplois.
Une crise profonde aux conséquences humaines lourdes
Depuis plusieurs années, la filière automobile est confrontée à une crise profonde aux causes multiples :
- La baisse de la demande en véhicules neufs (-18 % entre 2019 et 2023) ;
- Les difficultés de recrutement, en particulier dans les secteurs de la métallurgie et de la fabrication de produits métalliques, qui amènent à avoir recours à l’alternance et à l’intérim ;
- La hausse des coûts de production ;
- Les incertitudes concernant la mise en place effective de la réglementation mettant fin à la production de moteurs thermiques ;
- La puissance de la concurrence étrangère (notamment chinoise) sur le marché des véhicules électriques.
Entre 2019 et 2024, le marché automobile européen a perdu plus de 2 millions de véhicules, et la production française a chuté de 40 % par rapport à 2019. Contrairement à certains de nos voisins, notre industrie, affaiblie par des décennies de délocalisations, a peiné à absorber ces chocs successifs.
Les conséquences sociales sont importantes : fermetures d’usines, suppressions de postes, territoires fragilisés. De grands groupes, pourtant bénéficiaires, ont annoncé des fermetures de sites emblématiques, tandis que de nombreux sous-traitants historiques de Renault et Stellantis disparaissent. Selon la filière, 45 000 emplois pourraient être supprimés dans les trois prochaines années, soit près de 15 % des effectifs.
Des réponses politiques encore insuffisantes
Face à cette situation, des réponses ont été engagées aux niveaux européen et national.
À l’échelle européenne, la Commission a présenté un plan d’action pour l’industrie automobile. Le plan d’action s’appuie sur le dialogue stratégique sur l’avenir de l’industrie automobile européenne lancé en janvier 2025 et s’articule autour de cinq grandes priorités :
- Innovation et transition numérique ;
- Transition vers une mobilité propre ;
- Garantir la compétitivité et la résilience de la chaîne d’approvisionnement ;
- Améliorer les compétences et tenir compte de la dimension sociale ;
- Garantir des conditions de concurrence équitables et un environnement concurrentiel pour les entreprises.
Des mesures de relèvement des droits de douane sur certaines importations extra-européennes ont également permis de freiner partiellement la concurrence déloyale.
En décembre 2025, la Commission européenne a présenté un nouvel ensemble de mesures destinées à aider le secteur automobile à progresser vers une mobilité propre. Les principales propositions comprennent notamment :
- La révision des normes en matière d’émissions de CO2 pour les voitures, les camionnettes et les véhicules utilitaires lourds afin d’aider les constructeurs à atteindre leurs objectifs à l’horizon 2035 ;
- La stratégie « Battery booster », dotée d’un budget de 1,8 milliard d’euros, pour une chaîne de valeur des batteries entièrement fabriquées dans l’UE ;
- Le train de mesures « omnibus » sur le secteur automobile, afin de réduire les formalités administratives et les coûts et de créer une nouvelle catégorie de « petites voitures abordables » ;
- La révision des règles d’étiquetage des voitures afin que les consommateurs disposent d’informations complètes sur les émissions des voitures.
En France, l’État s’est mobilisé à travers le plan de relance automobile, puis le programme France 2030. Doté d’un budget de 54 milliards d’euros, ce programme a permis de lancer plusieurs appels à projets pour soutenir les activités de recherche et développement et les activités d’industrialisation liées aux véhicules électriques avec l’objectif de produire 2 millions de véhicules électriques et hybrides par an en France.
Des dispositifs d’aide à la demande ont également été mis en place pour accompagner ménages et entreprises dans cette transition :
- Pour les ménages : aides à l’achat de véhicules à faible empreinte carbone (coup de pouce véhicules particuliers électriques, leasing social).
- pour les entreprises : incitation au verdissement par des obligations réglementaires et par des dispositifs fiscaux.
Cependant, ces politiques, bien que nécessaires, ne suffisent pas à elles seules à enrayer les fermetures de sites, à sécuriser l’emploi industriel et à garantir une concurrence équitable.
Un débat parlementaire pour défendre notre souveraineté industrielle
Le débat du 6 janvier 2026 avait pour objectif de permettre de poser clairement les enjeux, d’évaluer l’efficacité des politiques menées et d’imaginer des mesures plus ambitieuses pour protéger notre filière automobile.
Défendre l’automobile française c’est réussir la transition sans sacrifier nos emplois, nos territoires et notre souveraineté industrielle.
C’est garantir que la France reste une grande nation industrielle, capable d’innover, de produire et de décider de son avenir.
Je serai pleinement mobilisé pour porter la voix des salariés, des sous-traitants, des territoires industriels et de tous ceux qui refusent le déclin programmé de notre industrie automobile.